Textes de présentation

« D’à Gibraltar est une forme scénique qui met en rencontre le film de Pasolini Carnet de notes pour une Orestie Africaine et le parcours de Cécile Kyenge – femme politique italienne née au Congo, ministre du gouvernement Letta de 2013 à 2014 –. D’en cet entre-deux, je questionnerai la traductibilité scénique des intitulés suivants :

- Exotisme, orientalisme, récit de voyage
- Cécile Kyenge dans l’Italie contemporaine
- Puissance littéraire de ce rien qu’est Gibraltar
- La déambulation au musée Grévin.

Souvent, les contours de ce spectacle se révèleront au fil du parler, car D’à Gibraltar sera le socle de mes échanges avec Damien Marguet. Parfois aussi, nous laisserons la pensée nous courir devant comme un chien que l’on promène à la campagne, surprise par son propre écho dans les terriers qu’elle trouvera, reniflant les thèmes épars et s’égarant si besoin. »
                                                                                                                                                                                                                                                          Julien Bal

 

« “Au théâtre, le corps est premier.” Tel est le leitmotiv de la pratique de Julien Bal en tant que metteur en scène et comédien. Cette primauté accordée au corps le rapproche de Pasolini et de sa relation au cinéma. L’automate cinématographique, capable de révéler le geste le plus secret, l’expression la plus accidentelle de l’être par le corps, a fasciné le poète italien pour lequel “il n’y a pas de signe, si arbitraire qu’il soit, qui, sans solution de continuité, à travers des dizaines de millénaires ne puisse être ramené au cri.”

Que se passe-t-il lorsque des habitants de territoires éloignés, sans mémoire, sans langage communs se rencontrent ? Que se passe-t-il à l’étranger ? Pasolini, qui ne cesse de voyager à travers le monde entre 1960 et 1975, répond à ces questions en faisant des films : Les Repérages en Palestine pour L’Évangile selon Matthieu (1964), Notes pour un film sur l’Inde (1968), Carnet de notes pour une Orestie africaine (1969) ou encore Les Murs de Sanaa (1971). Les images, réunies sous une forme qui tient toujours de l’essai, sont commentées par le cinéaste, qui ne peut s’empêcher d’expliquer, de dévoiler ce que masque le visible. Paradoxalement, ces images expriment bien plus que leur commentaire, qui paraît souvent s’en défendre, ou du moins s’en protéger. Près de cinquante après, que voit-on dans ces films, et que peut-on en faire ? Ne sont-ils pas, comme le geste de reprise de Julien Bal le suggère, d’une brûlante actualité politique dans leur manière de montrer les corps et leurs tensions irrésolues ? C’est à ces questions que j’entends me confronter lors de ces temps de rencontre, que je souhaite les plus ouverts, les plus multiples possible. »

Damien Marguet